CHANGEMENTS CLIMATIQUES: QUELS IMPACTS SUR L’AGRICULTURE AU CAMEROUN

Le Cameroun est un pays agricole à 80%. Depuis une dizaine d’années, les seigneurs de la terre peinent à exercer leur métier à cause des variations du climat qui ont entraîné des modifications du calendrier agricole. Une situation qui a eu un impact direct sur les productions et la sécurité alimentaire de ce pays en voie de développement. Les femmes agricultrices sont celles qui sont le plus touchées par les conséquences des changements climatiques.

 

Les femmes du département  de la Sanaga Maritime au Cameroun entonnent le champ de la récole. Mais cette année la récolte a un goût amer. La production agricole a subi les caprices de la dame nature, avec une variation du climat qui a porté un coup dur à la récolte. Pour les agricultrices il n’y a pas de doute, ce sont les changements climatiques qui sont à l’origine de ces mauvais rendements. « Le changement climatique effectivement nous crée beaucoup de problèmes ici. Avant le manioc produisait très bien, aujourd’hui ce n’est plus le cas, le manioc pourri étant encore au sol, il est même en voie de disparition. Les pluies n’arrivent pas à un moment précis. Par exemple, c’est en ce moment que nous devons cultiver, mais les pluies sont déjà très abondantes et ne nous permettent pas de travailler comme il faut », se plaint Monique.  Une plainte similaire chez les autres agricultrices et notamment sa voisine Mouna : «  cette année j’ai fait défricher trois hectares de champ mais je n’ai pas pu cultiver sur deux hectares à cause de la pluie qui m’a empêcher de bruler. Je pense à d’autres astuces comme mettre le macabo en terre en attendant ».

Elles ne sont d’ailleurs pas les seules à subir ces conséquences des variations du climat. C’est pareil à Doumé, dans la Région de l’Est-Cameroun. «Le changement climatique trouble le système agricole, la production est diminuée. Les paysans ne savent plus s’il faut commencer à cultiver ou pas car, soit la saison sèche est longue, soit la saison inexistante, ce qui diminue la production », ce que nous confie Jacqueline qui vit à la lisière avec les peuples pygmées.

Les leaders d’associations paysannes sont dépassés par les événements, ne sachant parfois comment rassurer les agriculteurs face au calendrier agricole désormais instable. C’est le cas de Michel Takam, président d’une plate-forme africaine sur la sécurité alimentaire et le climat, qui vit dans la ville de Bafoussam. «Dans la zone de Foumbot, il y a deux ans on a vu le maïs se dessécher, parce que quand les paysans plantent, peu après les pluies s’arrêtent ; aussi lorsqu’il fait excessivement chaud, les plants de cacao pourrissent, du coup la production baisse parce que le taux d’humidité qui est sensé favoriser la croissance du cacao a diminué ».

La vulnérabilité de l’agriculture est désormais un fait, surtout qu’en Afrique Subsaharienne, l’agriculture dépend entièrement des saisons. Quel que soit la zone agro-écologique, les manifestations du changement climatique au Cameroun sont observables. Même si ces manifestions varient d’une zone à une autre, les conséquences sur l’agriculture sont les mêmes. «Dans la zone soudano-sahélienne, la première caractéristique est la réduction très importante des quantités de précipitations annuelles ; la distribution de ces quantités  de précipitation dans l’espace-temps des saisons de pluies est très modifiée aujourd’hui parce que le nombre de jours de ces précipitations pendant la saison pluvieuse est en train de se réduire.  Egalement le taux de rendement de la production agricole est en baisse dans ces régions ; ce phénomène de baisse de quantité de précipitation est aussi observable dans les zones de hautes terres et cela entraine la destruction des plantations telles que les bananeraies et les champs d’arbres fruitiers et la dégradation des sols», comme l’explique le Professeur Joseph ArmathéAmougou, climatologue

L’impact principal des changements climatiques au Cameroun est donc la réduction de la production. Il y a donc un besoin réel de s’adapter. Cette adaptation passe par la production des services et informations climatologiques tels que de nouveaux calendriers agricoles adaptés aux situations qui permettent aux agriculteurs de s’adapter. C’est justement le rôle et la mission donnée à l’Observatoire National des Changements Climatiques, l’ONACC, que dirige Joseph Amougou. «La mission de l’ONACC, est de produire des informations  qui permettent aux différents secteur  de développement de s’adapter, notamment celui de l’agriculture. A cet effet, nous produisons des calendriers agricoles pour les cinq zones agro-écologiques du Cameroun et ces calendriers agricoles sont accompagnés des informations qui indiquent aux cultivateurs quoi semer et quand est-ce qu’il faut le faire ».

Des informations qui ont besoin d’être diffusées plus largement, pour qu’elles arrivent à l’agriculteur au bon moment. Un challenge qui demeure au sein de l’ONACC, dans son combat des changements climatiques et dans sa volonté à aider les agriculteurs à s’adapter aux changements climatique.

Rose Fabiola EWONE

Laisser un commentaire

Afrique Infos, NewsletterABONNE TOI !

Hey! Vous partez déjà, Enregistrez vous à notre newsletter et soyez informés en temps réels sur les meilleures informations de l'actualité mondiale.

Visiter le Développeur
9 Partages
Tweetez
Partagez9
Partagez