Commerce:L’AFFAIRE : SAUVONS LA SEMRY ET LE RIZ CAMEROUNAIS.

Il s’appelle Monsieur Njonga Bernard, il est un alter-mondialiste, ingénieur agronome et iconoclaste.

Son Crédo:La consommation des productions et réalisations locales, son arène:Le Monde rural.Le Président de L’ACDIC(Associations camerounaise de défense des intérêts des Cultivateurs) n’a aucune prétention dans l’esprit qui anime cette proposition.Il vous la donne en trois parties :

i) LES FAUTES DE LA SEMRY, ii) CE QUE GAGNENT LES PRODUCTEURS, iii) LES PROPOSITIONS. LISEZ ET DITES-NOUS !

– Nous avons observé et interrogé ce qui se fait du genre ailleurs en Afrique et en Asie ;
– Nous avons observé et interrogé les riziculteurs dans leurs corvées en saison et en contre-saison ;
– Nous avons observé et analysé – jusqu’à preuve du contraire, la SEMRY dans sa gestion faite :(i) D’approximations

(Voir photos : Deux machines neuves d’une capacité de 5 t/h chacune, payées à près d’1,5 milliards en 2017 qui s’amortissent sans jamais avoir servi). Et voilà qu’à défaut de servir aux riziculteurs, elles servent aux souris et autres rats, avec des conséquences imaginables.(ii)De surfacturation du labour(le labour mécanisé à la SEMRY se facturait à 120 000 CFA/ha au lieu de 25 000 CFA/ha comme au Sénégal par exemple).

(iii) De sous exploitation des surfaces disponibles(28 000 parcelles de 0,5 ha chacune, exploitées en une campagne au lieu de deux campagnes, en double saison).(iv) De prestations fictives ou surfacturées. (Le labour de 11 500 Ha est déclaré alors que les chiffres de la récolte donnent 14 000 Ha). (v) De confusions managériales entre MAGA où l’irrigation se fait par gravitation et YAGOUA où elle se fait par pompage. (iv) De mauvaise représentation des agriculteurs (à l’exemple du comité de gestion du périmètre hydro agricole de Zina mis en place le 20 juin 2016 en grande pompe qui n’aura servi que le temps de valider le projet dont les 20 producteurs membres n’entendront plus jamais parler).

– Nous avons pris connaissance des réflexions et des travaux réalisés en leur temps, par les pouvoirs publics tel l’aménagement hydro-agricole de ZINA. Avec des résolutions intéressantes, malheureusement bottées en touche par une SEMRY prise en otage par l’élite politico-administrative locale.

« 1997- 1998, QUE FAIRE DE LA SEMRY ? »
Il y a 20 ans, Cette question lancinante a été posée en ces termes par l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) après plusieurs tentatives de sauvetage ratées. L’institut disait : « La SEMRY est en crise » et cela se dit ouvertement depuis 1992. Les bailleurs de fonds se montrent de plus en plus circonspects, mais au Cameroun, le problème devient politique. De plus, les relations entre les riziculteurs et l’encadrement sont fondées sur la défiance, des tensions, pouvant parfois déboucher sur de véritables conflits» Comme quoi les élites locales changent en restant les mêmes.
« QUE FAIRE DE LA SEMRY? >> La Succession de défaillances énoncées remet au goût du jour cette question. Et voilà que le MINEPAT étonne quand il demande 1 400 milliards de FCFA, pour porter en cinq ans – comme par magie, la production nationale à environ 1,4 millions de tonnes de riz paddy soit 1 million de tonnes de riz marchand pour amener les camerounais à consommer le riz « Made in Cameroun » d’ici 2024.Quelle rêverie ! On se serait tu si cette fuite en avant dans la mauvaise direction ne s’accompagne d’une autre fuite vertigineuse des importations de riz : De 1997 à ce jour les importations de riz sont passées d’environ 100 000 tonnes l’an à 650 000 tonnes. HELAS !

POUR QU’ON SE COMPRENNE TOUS, TENEZ !
I. SEMRY
Créée le 24 février 1971, la SEMRY avait pour missions :
-L’aménagement des périmètres rizicoles ;
– Le labour,
– L’encadrement technique, et fourniture de semences
– La fourniture d’eau et l’entretien du réseau hydraulique,
– L’achat et le décorticage du riz paddy
– La commercialisation du riz
– Etc.
Pour ces missions, la SEMRY qui a le statut d’établissement parapublic est dotée d’un parc d’équipements lourds, d’un personnel d’environ 1200 permanents dont la masse salariale et charges de fonctionnement mensuelles avoisinent les 50 millions FCFA, d’un siège doté d’infrastructures de production et d’administration modernes. Financièrement, la SEMRY fonctionne sur la base de budget annuel dont les sources de financement sont : les subventions de l’état, la redevance des producteurs, la vente des produits…Pour l’année 2019 le budget de la SEMRY s’élevait à 4,2 milliards de FCFA

II. LE POTENTIEL DE PRODUCTION !
Le grand nord recèle d’un potentiel rizicole énorme :
Les conditions climatiques très adaptées. Le soleil, l’eau, surtout le Logone qui est une manne. Des sols très aptes à la riziculture dans la vallée du Logone…Cinq bassins implantés avec possibilité de renforcement : Yagoua : 8 000 ha ; Maga : 12 000 ha ; Logone Birmi : 13 000 Ha Logone et Chari : 8 000 Ha ; Lagdo : 17 000 Ha ; sans oublier le Bassin du Faro où on peut aménager près de 100 000 Ha… De quoi produire ce dont le Cameroun a besoin en riz, et exporter. Sans oublier les multiples sous-produits qui viendraient créer les emplois et enrichir les populations.

III. RELATION ENTRE RIZICULTEURS ET SEMRY
Ces dix dernières années, la relation entre riziculteurs et la SEMRY a connu deux phases.
1ère Phase : Le producteur accepte de bénéficier des services de la SEMRY pour en contrepartie lui verser une redevance de 51 000 FCFA par demi-hectare à la vente de sa production. Le producteur vend sa récolte comme il veut, là où il veut et à qui il veut. Cette approche c’est révélée suicidaire tant pour les riziculteurs que pour la SEMRY La plupart des producteurs vendant à vil prix leur production de paddy au Nigeria voisin. Pire, près de 60% des producteurs ne payent pas leur redevance à la SEMRY. Elle est au bord de la faillite. Les arriérés de salaire s’accumulent, l’encadrement technique perd de sa qualité faute de moyens. Les productions et productivités baissent, …
2ème Phase : Pour remédier à cette situation, la SEMRY demande et obtient de l’état une subvention de 2,5 milliards lui permettant d’apurer les arriérées de salaire, se doter de décortiqueuses performantes et surtout d’acheter le riz des producteurs pour freiner la saignée du riz paddy vers le Nigeria. L’opération est lancée. Les machines sont commandées et arrivent à la SEMRY en 2017. Trois ans qu’elles sont là, les souris en ont fait leur nid. Le riz paddy est acheté aux producteurs. 160 000 tonnes des premiers stocks souffrent encore dans les magasins. Les producteurs lorgnent déjà vers le Nigeria. A la SEMRY le registre des arriérés de salaire semble ouvert. On croise les doigts pour qu’aboutisse le projet de relance de 1400 milliards que le MINEPAT a introduit dans le budget du prochain exercice.

IV. QUE GAGNENT LES RIZICULTEURS
Le rendement des riziculteurs varie entre 4,5 – 6 tonnes de riz paddy à l’hectare et ils sont nombreux à avoir un demi-hectare par campagne, sans compter la main d’œuvre agricole paysanne. Le rendement varie en fonction de l’itinéraire technique. A savoir : la qualité des semences, la pépinière, le repiquage à temps, le désherbage, l’engraissement, la récolte …Les riziculteurs ne roulent pas sur l’or, loin s’en faut. Ils gagnent entre 75 – 200 000 FCFA par campagne, c’est-à-dire 8 – 25 000 FCFA par mois et ils sont nombreux les riziculteurs qui font un demi hectare par campagne.

V. LES DÉFAILLANCES DE LA SEMRY A CORRIGER
– Son incapacité à exploiter intelligemment le potentiel rizicole dont regorge la région ;
– Son incapacité à jouer la tête de proue dans la conquête d’une autosuffisance alimentaire en riz
– Ses allures de mastodonte difficile à gérer et à faire vivre;
– Son incapacité à faire en sorte que les riziculteurs s’en approprient. Pour beaucoup, la SEMRY c’est l’état, avec tout ce que cela entraîne dans l’imagerie populaire ;
– Son incapacité en tant que structure de production à vivre du fruit de sa production mais des subventions de l’Etat ;
– Son incapacité à faire en sorte que Les riziculteurs gagnent le juste prix de leur labeur ;
– Son incapacité à se défaire de la succession de défaillances dont elle fait preuve ;
– Sa prise en otage par une élite politique locale qui la considère comme sa vache à lait, leur propriété, « leur part» comme il se dit par endroit ;
– Son sur-dimensionnement qui interroge sur les capacités managériales de ses gestionnaires.

NOS PROPOSITIONS
NB : Nous ne présentons pas ici un projet, mais la restructuration et les orientations qui détermineraient l’élaboration d’un projet SEMRY new-look.

1ÈRE MESURE : Déplacer la SEMRY de Yagoua pour une autre localité de la région ayant les commodités d’installation d’une structure de cette taille. La rebaptiser et la placer sous l’autorité d’un Conseil d’Administration au sein duquel les bassins de production et les coopératives de producteurs seront majoritaires.

2ÈME MESURE : Autonomiser les bassins de production. Leur donner une personnalité juridique et les placer sous l’autorité de CA dont les coopératives de riziculteurs seront majoritaire. Par exemple :
– SEMRY pour le bassin de Yagoua
– SEMRIM pour le bassin de Maga
– SEMRIK pour le bassin de Kousserie
– SEMRILA pour le bassin de Lagdo
– Etc.

3ÈME MESURE : Rétrocéder toutes les fonctions de production aux coopératives de riziculteurs qui seront promues et accompagner dans le strict respect de l’Acte Uniforme OHADA et suivant la spécificité de chaque bassin. Par Exemple :
– Coopérative de gestion des équipements de production (Génie civile, barrage…) ;
– Coopérative de gestion des intrants ;
– Coopérative de récolte (moissonneuse batteuse)
– Coopératives décorticage ;
– Coopérative des usagers d’eau
– Etc.

4ÈME MESURE : Redéfinir avec la plus grande clarté le rôle des acteurs sur les différents maillons de la filière. Exemple :
– Les structures SEMRY délocalisées : s’équipent et s’organisent pour apporter aux coopératives l’accompagnement technique dont chacune aura besoin suivant sa fonction. (A cet égard, le PULCI : Projet d’Urgence de Lutte Contre les Inondations est un grand atout).Elles assument toutes autres fonctions à elles confiées par la structure centrale nécessaires dans l’accomplissement de ses fonctions.
– La structure centrale assure : La supervision voire coordination des activités au niveau des bassins et entre les filières ; La promotion et la commercialisation du riz sur et hors territoire national ; L’analyse et le suivi des importations du riz ; Etc.

5ÈME MESURE : Mettre en place un système de subvention sous forme de prime à la production afin d’inciter les riziculteurs à la production en quantité et qualité. La variation du taux de ces subventions entre les bassins permettrait aussi de faire des rééquilibrages en fonction des facilités de production.

6ÈME MESURE : Mettre en place un système de stabilisation du prix d’achat aux producteurs.

7ÈME MESURE : Soumettre tous les intervenants bénéficiaires de fond public à un système de contrat de performance strict.

Njonga Bernard, Président de L’ACDIC.

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