COVID-19 : que deviennent les eaux après le lavage des mains ?

Le nombre de personnes testées positives au Coronavirus (COVID-19) ne cesse d’augmenter en Afrique, comme partout ailleurs dans le monde. Au rang des mesures prises contre la contagion de la pandémie, figure celle du lavage des mains. Une fois les mains lavées, quelle est la gestion des eaux usées par la population ?

Selon les experts, la meilleure manière de combattre la propagation de cette pandémie reste le respect des gestes barrières et des mesures de riposte prise par les gouvernements.

En Afrique, les dispositions recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le gouvernement, ont changé le quotidien des Africains dont le respect desdites dispositions sont plus ou moins respectées. Toutefois, l’épineuse question qui revient est le sort qui est réservé aux eaux après le lavage des mains, le geste simple et salvateur.

Un tour dans certains ménages a montré que la plupart des familles togolaises ont mis en place des dispositifs de lavage des mains pour permettre à tout visiteur d’accomplir ce geste simple, mais efficace. Une fois les mains lavées, ces eaux usées sont gérées comment par la population ?

À cette question complexe et qui nécessite un regard plus profond, l’expert et coordonnateur du PNJE,  flamay Ahiafor, répond qu’il faut se demander comment fonctionnait nos systèmes de gestion des eaux usées avant la pandémie.

« Une étude publiée en 2018 dit qu’en Afrique subsaharienne environ 95 % des eaux usées sont directement déversées dans la nature sans aucun traitement ce qui représente des sources de pollution pour les ressources en eau. Au Cameroun selon l’INS, le réseau de gestion des eaux usées ne couvre que 20 % de la population. Il faut noter qu’il s’agit là de la collecte à travers un réseau d’égouts “vétuste” et dont les eaux sont directement déversées dans les fleuves sans traitement préalable. Avec la pandémie où il est demandé aux populations de se laver constamment les mains, il faut donc comprendre qu’il y aura une production plus élevée des eaux usées. Au niveau des ménages, ceux qui ne sont pas couverts par le réseau d’égouts vont continuer par  déverser dans la nature leurs eaux usées », Confie-t-il à Afrique infos.

Et de conseiller « Au moins, pour les lieux de grandes fréquentations (marché…) où les gens passent la grande partie de leur journée, les responsables peuvent mettre en place un mécanisme pour que les eaux usées au niveau des dispositifs de lavage des mains installés ne soient pas directement déversées dans les alentours, mais collectées et transportées vers des endroits appropriés ».

Selon Mme Tsipoaka ingénieure et directrice générale de la Start up African Rural Water Pro (ARWP), ordinairement les gens rejettent juste ces eaux dans la rue, dans la maison.

« Il est plus efficace de les éliminer par les systèmes de transit des eaux usées comme l’utilisation des puisards par exemple. L’eau transite ainsi au travers de filtres de gravier, sable, charbon avant de rentrer dans le sol et ainsi de suite avant de rejoindre la nappe. Ceux qui se lavent les mains dans les éviers au niveau de la cuisine ou de la douche utilisent directement ce système. Ceux qui le font dans les dispositifs de lave-mains doivent en prendre soin. Il y a aussi la possibilité de recycler ces eaux en les traitant et les purifiant pour les utiliser selon les normes de recyclages des eaux », a-t-elle proposé. « Pour le recyclage des eaux usées, il y a des initiatives privées qui se  font à base de plantes. Il faut aussi reconnaître que c’est aussi une question de quantité et d’objectif d’utilisation  », précise-t-elle.

De l’avis de Fadel Ndaw, ingénieur en eau et assainissement de la Banque mondiale, dans de nombreux pays, les eaux usées deviennent une autre manière de réponse à la demande en eau, surtout autour des zones urbaines où se développent des périmètres maraîchers indispensables pour nourrir les habitants des villes.

En Israël, par exemple, 91%  des eaux usées sont traitées et 71% servent à l’irrigation des cultures. Or, dans les pays africains, seuls 10%  des eaux usées sont traitées.

« En réutilisant davantage l’eau pour irriguer les terres agricoles, ces pays pourront assurer la sécurité alimentaire du continent tout en appliquant des approches d’économie circulaire et de sécurité de l’eau. La crise sanitaire historique que nous traversons va frapper durablement l’économie mondiale, mais elle portera un coup encore plus dur aux économies africaines fragiles. Plus ces dernières réagiront vite, plus elles seront résilientes. Et une riposte durable au COVID-19 et aux pandémies qui lui succéderont ne pourra occulter l’eau et l’assainissement ».

Augmenter les investissements dans l’eau et l’assainissement

Conformément au 6e Objectif de développement durable, l’Afrique doit investir massivement dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement au cours des dix prochaines années. Il faudrait entre 10 et 15 milliards de dollars d’investissement annuels pour approvisionner toute la population en eau potable et fournir un service d’assainissement de base. Or actuellement, les pays africains ne consacrent pas plus de 0,5% de leur PIB à ce secteur et n’y investissent qu’une petite partie de l’aide internationale.

Garantir la viabilité financière des sociétés de traitement et distribution d’eau

Selon une étude récente de la Banque mondiale sur la performance des services d’adduction d’eau en Afrique, la moitié des sociétés ne disposent pas de recettes suffisantes pour couvrir leurs coûts d’exploitation et d’entretien. Il faudra donc renforcer les capacités opérationnelles et la résilience des sociétés publiques ou privées, afin qu’elles puissent fournir de l’eau de bonne qualité, en quantité suffisante et à un tarif politiquement et socialement acceptable tout en étant viables financièrement.

Il est dès lors primordial que les gouvernements africains mettent en place des stratégies, mobilisent une partie de leur budget et élaborent des politiques en faveur de la fourniture de services d’eau, d’assainissement et d’hygiène à l’ensemble des Africains.

Le respect des mesures préventives et barrières contre la pandémie du Coronavirus doit être de mise plus que jamais. Le lavage des mains à l’eau propre et au savon doit devenir un réflexe. La gestion des eaux usées issue du lavage des mains doit connaître une bonne gestion pour éviter d’autres pathologies.

Victor Esso Tiki/Hector Nammangue

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